
Alors qu’un épisode El Niño d’une ampleur exceptionnelle se développe dans l’océan Pacifique, des millions de personnes en Afrique, en Asie, en Amérique latine et au Moyen-Orient sont confrontées à une aggravation de la faim, à des épidémies et à des déplacements forcés. Les femmes et les filles en sont les premières victimes.
Dans les pays qui devraient être les plus durement touchés par El Niño, 172,3 millions de femmes et de filles sont déjà exposées à l’insécurité alimentaire. Ce phénomène climatique perturbe les régimes météorologiques à l’échelle mondiale, et le changement climatique contribue à rendre ces épisodes plus fréquents et plus intenses.
Un épisode El Niño de forte intensité entraînera des sécheresses dans certaines régions et des inondations dévastatrices dans d’autres, augmentant les risques d’insécurité alimentaire, de malnutrition et de maladie. Dans presque tous les pays les plus exposés (20 sur 22), les femmes et les filles sont plus nombreuses que les hommes à souffrir de la faim.
Marlene Achoki, responsable mondiale des politiques et du plaidoyer en matière de justice climatique, déclare : « Face à l’intensification des risques liés au changement climatique, nous sommes à un moment charnière pour investir dans les femmes et les filles, afin qu’elles deviennent des actrices majeures de l’adaptation et de la résilience. Notre capacité à réduire la faim et les déplacements forcés à l’avenir dépend de notre action bien avant qu’une crise ne s’aggrave, et non d’une intervention une fois qu’elle s’est déjà installée. »
En 2015-2016, le plus puissant épisode El Niño de l’histoire récente a touché environ 60 millions de personnes dans le monde. Aujourd’hui, l’insécurité alimentaire et les déplacements de population ont atteint des niveaux nettement supérieurs à ceux d’il y a dix ans, dans un contexte aggravé par les conflits, les épidémies et le manque d’engrais abordables ou disponibles.
El Niño constitue un facteur aggravant des risques pour de nombreuses femmes et filles qui font déjà face à des besoins humanitaires urgents. Les phénomènes météorologiques extrêmes et leurs conséquences sur la sécurité alimentaire devraient se prolonger jusqu’en 2027.
Le traitement de la malnutrition infantile est devenu considérablement plus coûteux et plus difficile en raison de la hausse des prix, des perturbations des chaînes d’approvisionnement et de la réduction de l’aide internationale. Depuis la première fermeture du détroit d’Ormuz, le coût moyen des fournitures nécessaires pour traiter un seul enfant souffrant de malnutrition dans les pays touchés par El Niño a augmenté de 40 dollars. Cela signifie qu’il faudrait désormais 2,752 milliards de dollars supplémentaires pour traiter les près de 7 millions d’enfants qui souffrent déjà de malnutrition, avant même que les conséquences d’El Niño ne se fassent sentir.
Reiza Dejito, directrice nationale de CARE aux Philippines, déclare : « Aux Philippines, les femmes et les filles vivent déjà dans un cycle de catastrophes qui semble ne jamais prendre fin. Plusieurs provinces aujourd’hui confrontées à la sécheresse avaient déclaré l’état de calamité lors du dernier épisode El Niño, en 2024, et beaucoup ne s’en sont toujours pas remises.
Ce nouveau choc frappe des populations qui n’ont presque plus aucune capacité à y faire face. Les prévisionnistes s’attendent à ce que la sécheresse laisse place, dans les prochains mois, à des typhons moins nombreux, mais beaucoup plus violents. Les ménages ruraux, déjà fragilisés par la hausse des prix du riz et du carburant, vont ainsi devoir affronter deux catastrophes consécutives. »
Ummy Dubow, directrice nationale de CARE en Somalie, déclare : « Près d’une personne sur trois en Somalie ne dispose pas d’une alimentation suffisante, et cette situation de faim ne fera que s’étendre. Ces dernières années, des financements d’urgence débloqués à la dernière minute ont permis à plusieurs reprises d’éviter de justesse une famine en Somalie. Mais les moyens n’ont jamais été suffisants pour mettre en place une véritable réponse anticipative, et aujourd’hui, les financements destinés à prévenir des décès évitables à grande échelle sont totalement insuffisants.
Les sécheresses, suivies d’inondations liées à El Niño, accentueront les inégalités, compliqueront davantage l’accès à la nourriture, aux revenus et à l’éducation, et augmenteront les risques de violences basées sur le genre et de mariages d’enfants. Nous devons agir dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard. »
CARE appelle à une réponse mondiale urgente et coordonnée afin d’éviter une catastrophe humanitaire. Il est indispensable d’accroître les investissements dans l’action anticipative, la préparation et la réponse aux crises, en particulier dans les pays identifiés comme étant les plus exposés aux conséquences d’El Niño. Agir avant qu’une crise ne survienne permet de sauver des vies, de protéger les moyens de subsistance et de réduire le coût global de l’aide humanitaire.
Aux côtés d’organisations locales et nationales spécialisées, CARE renforce la préparation aux conséquences de cette crise mondiale en collaborant avec des organisations dirigées par des femmes dans les communautés les plus touchées. CARE soutient la formation au leadership pour les femmes, valorise leurs compétences et renforce leur confiance pour préparer leurs communautés aux catastrophes. Les femmes conçoivent et pilotent ainsi des plans d’action précoce et des mécanismes de déclenchement adaptés aux réalités locales, afin de mieux répondre aux besoins et aux priorités des femmes et des filles en temps de crise.
Mobilisé pour soutenir cette approche, le Fonds d’action anticipative de CARE débloque des financements avant les phénomènes météorologiques extrêmes, permettant aux ménages exposés de protéger leurs cultures et leur bétail, de sécuriser leur approvisionnement en eau, d’accéder à une aide financière anticipée et de développer une agriculture résiliente au changement climatique, notamment grâce à la production d’engrais locaux.
Thuy-Binh Nguyen, responsable de la qualité des programmes de justice climatique, déclare :
« Investir dans l’action anticipative et mobiliser l’expertise des femmes pour renforcer la préparation des communautés, sous leur propre impulsion, est bien plus efficace que d’attendre qu’une crise se produise. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’une volonté politique et d’un engagement financier pour agir avant que les vies et les moyens de subsistance ne soient poussés à leur point de rupture. »
Pour plus d’informations, veuillez contacter Thomas Kauffmann : kauffmann@care.lu