Le changement climatique est sexiste

Le changement climatique s'accélère, le monde est au bord d'une catastrophe ; et ce sont les femmes et les filles qui en subissent les conséquences de manière disproportionnée. Autrement dit, le changement climatique est sexiste et les politiques climatiques ne peuvent plus le rester. 


Sécheresses, inondations, pénuries alimentaires et élévation du niveau de la mer : les conséquences du changement climatique ne touchent pas tout le monde de la même manière. En raison des inégalités économiques et sociales déjà existantes, les femmes et les filles sont particulièrement exposées. 


Pourtant, leur participation aux décisions climatiques reste insuffisante. Lors de la COP30, en 2025, seulement un tiers environ des délégations nationales étaient dirigées par des femmes. Par ailleurs, près de la moitié des financements climatiques ne prennent pas en compte la dimension de genre, et seulement 3 à 4 % font de l'égalité de genre un objectif central.


À la COP31, CARE appelle les gouvernements à passer des engagements aux actions concrètes. L'adoption du Plan d'action pour l'égalité de genre à la COP30 constitue une avancée, mais elle ne pourra produire de résultats sans moyens suffisants.


On ne peut pas construire des communautés résilientes en laissant de côté la moitié de la population mondiale. L'égalité de genre n'est pas seulement une question de justice : c'est aussi une condition indispensable à une action climatique efficace. 


Le changement climatique est sexiste. Les politiques climatiques ne peuvent plus l'être.
 

En quelques chiffres :

3 fois plus de temps consacré à la collecte d’eau

Dans 53 pays étudiés, les femmes et les filles consacrent plus de trois fois plus de temps que les hommes et les garçons à aller chercher de l’eau. Au total, cela représente environ 250 millions d’heures chaque jour.

Lorsque les sécheresses se multiplient et que les points d’eau s’assèchent, il faut parfois parcourir de plus longues distances pour trouver de l’eau potable. Cette tâche, qui incombe souvent aux femmes et aux filles, devient encore plus lourde. Pour les filles, cela peut signifier moins de temps à consacrer à l’école. Pour les femmes, moins de temps pour travailler ou développer leurs propres activités. Le changement climatique renforce ainsi des inégalités qui existent déjà.

Source : UN Water, 2026

+119 % de mariages d’enfants en Éthiopie

Dans les régions les plus touchées par la sécheresse en Éthiopie, les mariages d’enfants ont augmenté de 119 % entre janvier-avril 2021 et la même période en 2022.

Lorsque les récoltes sont mauvaises et que les ressources alimentaires diminuent, les familles les plus vulnérables sont confrontées à de graves difficultés économiques. Pour certaines, marier leur fille très jeune peut apparaître comme une manière de faire face à la situation. Pour les filles concernées, cela signifie souvent abandonner l’école, perdre leur autonomie et être davantage exposées aux violences. Une crise climatique peut ainsi bouleverser leur enfance et compromettre leur avenir.

Source : Unicef, 2022

 

9 millions de personnes touchées par la salinisation au Bangladesh

Dans cinq districts côtiers du sud-ouest du Bangladesh, environ 9 millions de personnes sont fortement touchées par la salinité de l’eau et des sols.

Avec la montée du niveau des mers, l’eau salée s'infiltre dans les réserves d’eau douce et les terres agricoles. Boire, cuisiner, se laver ou cultiver la terre devient alors plus difficile. Les femmes, qui assument souvent une grande partie des tâches domestiques et agricoles, sont particulièrement touchées. Leur quotidien se complique et leur accès à une eau propre et sûre devient plus incertain.

Source : Nature, 2025 


45 millions de personnes

C’est le nombre de personnes qui pourraient sortir de l’insécurité alimentaire si les agricultrices disposaient des mêmes ressources productives que les hommes (formations, équipements et moyens de production), selon la FAO. Donner aux femmes les mêmes moyens d'agir permettrait ainsi de renforcer la production agricole et la sécurité alimentaire de millions de personnes.
 

Source : FAO, 2023

4 femmes, une même terre qui change

Rahima au Bangladesh : face à la montée des eaux, défendre l’accès à l’eau potable et la santé des femmes

À Ruhita, sur la côte sud du Bangladesh, la montée des eaux salées bouleverse le quotidien des habitants. L’eau salée s’infiltre dans les puits, les rivières et les terres agricoles, rendant l’accès à l’eau potable de plus en plus difficile. 

Pour Rahima et les femmes de son village, les conséquences sont particulièrement lourdes : elles doivent parfois marcher longtemps pour trouver de l’eau douce, sur des chemins isolés où elles risquent d’être victimes d’agressions. 

La salinité de l’eau affecte également leur santé, notamment leur santé reproductive, et peut entraîner des complications pendant la grossesse. 

Présidente du groupe de développement des femmes de Payra, Rahima refuse de rester sans agir. Avec les autres femmes du village, elle se mobilise pour réclamer la remise en service du puits communautaire, mieux préparer la population aux catastrophes climatiques et renforcer l’autonomie économique des femmes. 

« Je passe ma vie dans l’eau salée : mes journées sont consacrées à la pêche. Le soir, je me lave et je fais la vaisselle avec de l’eau salée. Cela rend toutes les femmes malades. Pour moi, ce sont des problèmes à l’utérus. D’autres perdent leurs bébés. Nous nous battons pour que les autorités remettent notre puits en état. »

Josselyn en Equateur : préserver les semences traditionnelles pour protéger l’agriculture et l’alimentation

Dans les montagnes andines de Cotopaxi, en Équateur, Josselyn, agricultrice et membre du peuple autochtone Kichwa Panzaleo, se bat pour préserver un savoir-faire transmis de génération en génération : celui des semences traditionnelles. Face au changement climatique et à l'agriculture intensive, de nombreuses cultures se dégradent et les variétés locales disparaissent peu à peu. 

Pourtant, ces semences ancestrales sont souvent mieux adaptées aux conditions locales, plus résistantes aux aléas climatiques et riches sur le plan nutritionnel. À la tête de l’association « De la Mata a la Olla », Josselyn défend l’agroécologie et a contribué à faire adopter une politique publique en faveur de ces pratiques agricoles. Pour elle, préserver les semences, c’est aussi protéger le droit des communautés à produire leur propre nourriture. 

En juin 2026, son engagement a été reconnu par la World Food Prize Foundation, qui l’a sélectionnée parmi les 40 pionniers et pionnières de l’agroalimentaire dans le monde. 

« Nous avons perdu notre sécurité et notre souveraineté alimentaires, notre capacité à nourrir nos familles. La responsabilité revient aux grandes entreprises qui continuent de promouvoir un modèle agricole dépendant de produits toxiques, mais aussi au changement climatique. En tant que femmes agricultrices, nous savons que l’agroécologie est la seule voie possible. En nous unissant, nous devenons plus fortes et créons une communauté solidaire. »