Khartoum, Soudan, 13 avril 2026 – Un nouveau rapport publié aujourd’hui par Action contre la Faim (ACF), CARE International, International Rescue Committee (IRC), Mercy Corps et le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) montre comment la guerre au Soudan plonge les communautés dans des conditions proches de la famine. Les familles ne survivent que grâce à des repas préparés et distribués par des personnes qui risquent leur vie, traversant des zones de combats actifs, pour accéder à la nourriture.
Le rapport documente comment trois années de guerre et de violations du droit international humanitaire ont transformé le parcours de la nourriture — des fermes aux marchés, puis aux foyers — en un processus dangereux et souvent mortel. Malgré ces conditions, les communautés soudanaises persistent avec résilience et ingéniosité, à maintenir leur système alimentaire qui demeure fragile.
Le rapport constate que des millions de personnes dans les zones les plus touchées par le conflit, notamment dans certaines parties du Darfour-Nord et du Kordofan-Sud, survivent avec un seul repas par jour, voire moins. Les familles sont contraintes de sauter des repas, de réduire les portions, et dans certains cas de consommer des feuilles ou de la nourriture destinée aux animaux ; des aliments normalement considérés comme non comestibles.
La faim continue d’augmenter, jusqu’à atteindre des niveaux extrêmes, aggravée par les conflits, les déplacements et les perturbations des marchés.
Les cuisines communautaires, autrefois vitales pour beaucoup, ne parviennent plus à répondre à la demande croissante, faute de financements et de stocks alimentaires suffisants.
« Nous ne demandons plus ce que nous allons manger. Nous demandons qui va manger. » explique Ikhlas, Darfour-Nord
La Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC) a déjà confirmé une famine dans certaines zones du Soudan, avec un risque d’extension à d’autres régions. Plus de la moitié de la population soudanaise, soit 28,9 millions de personnes, est désormais en insécurité alimentaire aiguë, dont plus de 10 millions confrontées à des niveaux sévères ou extrêmes de faim. La crise est aggravée par l’effondrement économique et les chocs climatiques.
La situation est encore compliquée par des violations généralisées du droit international humanitaire, notamment l’utilisation de la famine comme arme de guerre et des attaques ciblées contre les civils et les infrastructures civiles. La violence incessante, les déplacements et les tactiques de siège ont systématiquement démantelé le système alimentaire du Soudan. Des fermes ont été détruites, des agriculteurs tués, et les marchés perturbés par des attaques, des fermetures forcées et une taxation abusive.
Les femmes et les filles sont particulièrement touchées, exposées à des risques accrus de violences sexuelles et sexistes qui limitent leur accès à la nourriture et aux services essentiels, augmentant encore leur vulnérabilité à la faim.
Malgré ces défis immenses, les systèmes alimentaires locaux continuent de fonctionner sous une pression extrême. Les agriculteurs, commerçants et réseaux communautaires continuent de produire et d’acheminer de la nourriture malgré l’insécurité et les perturbations répétées. Les réponses locales menées par les communautés, notamment les groupes de femmes, les réseaux d’entraide, les commerçants et les comités communautaires, permettent à des familles de survivre, mais ces efforts sont de plus en plus limités et ne peuvent répondre à l’ampleur des besoins.
Les cinq organisations humanitaires à l’origine du rapport appellent toutes les parties au conflit à cesser immédiatement les actions qui aggravent la faim et violent le droit international humanitaire, notamment les restrictions à l’accès humanitaire et les attaques contre les civils. Une action urgente est nécessaire pour protéger le système alimentaire du Soudan, garantir la libre circulation des personnes et des biens, et soutenir les marchés locaux ainsi que la production alimentaire.
Sans intervention immédiate et durable, la crise alimentaire au Soudan continuera de s’aggraver dans les zones touchées par le conflit, avec des conséquences dévastatrices pour des millions de personnes.
CARE Luxembourg mène plusieurs actions au Soudan depuis 2020, d'abord dans l'Etat de Kassala puis de Karthoum. Pour lutter contre les épidémies, les maladies et la pénurie d’eau, nous contribuons à la réhabilitation de stations d’épuration, permettant à des communautés entières de retrouver l’accès à l’eau courante. Ces points d’eau ne fournissent pas seulement de l’eau potable : ils favorisent aussi de meilleures pratiques d’hygiène, renforcées par nos séances de sensibilisation, afin de limiter la propagation des maladies.
Parce que les femmes et les filles sont particulièrement exposées en période de conflit, nous distribuons également des kits de dignité et des protections menstruelles, et nous renforçons l’accompagnement des victimes de violences basées sur le genre.
Faits / Contexte
• Le rapport s’appuie sur une recherche approfondie comprenant 80 entretiens et 40 groupes de discussion menés dans plusieurs régions du Soudan.
• L’ONU documente une « guerre d’atrocités » contre les civils, incluant la famine et la violence sexuelle utilisées comme armes de guerre.
• Les ménages dirigés par des femmes sont trois fois plus exposés à l’insécurité alimentaire, et moins de 2 % d’entre eux sont considérés comme en sécurité alimentaire.
• En 2025, les actions prévues dans le plan humanitaire pour la sécurité alimentaire n’ont reçu que moins de la moitié des fonds nécessaires, et la réponse globale n’était financée qu’à 40 %.
• La baisse des ressources entraîne la fermeture ou la réduction des cuisines communautaires, et de nombreux services essentiels ont dû cesser, même dans des zones proches de la famine.