
Luxembourg, le 11 mars 2026
Les mouvements de population s’accélèrent dans des conditions extrêmement précaires, exposant les civils, en particulier les femmes, les enfants, les personnes âgées et les personnes en situation de handicap, à des risques sans précédent. De nombreuses familles sont contraintes de dormir dans leurs véhicules ou dans des espaces publics faute d’abris sûrs disponibles.
Le ministère de la Santé publique rapporte qu’au moins 570 personnes ont été tuées et 1 444 blessées depuis le début de l’escalade.
La cellule nationale de gestion des risques de catastrophe indique que 122 600 personnes sont actuellement hébergées dans 580 abris collectifs, dont la majorité ont atteint leur capacité d’accueil maximale. Dans des abris surpeuplés et des hébergements temporaires, le manque d’intimité, d’éclairage ainsi que l’absence de toilettes et de douches sécurisées augmentent les risques de violences.
En moins de quelques jours, 759,000 personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays, un chiffre qui témoigne de la rapidité et de l’ampleur de la crise.
Sur le terrain, les équipes humanitaires témoignent de conditions de vie alarmantes.
Mabelle Bitar, HR Senior Manager, décrit une situation d’une extrême dureté :
« Aujourd’hui, nous avons vu des familles dormir sur le trottoir, avec pour seul matelas le béton. Pas de couverture, pas d’oreiller, aucune protection. Une mère a brûlé des déchets dans la rue pour tenter de garder ses enfants au chaud pendant la nuit. Personne ne devrait avoir à survivre ainsi. »
Les femmes enceintes et les jeunes mères sont particulièrement exposées, faute d’accès garanti aux soins maternels et aux conditions d’accouchement sûres.
Nour Kassab, Gender and Protection Coordinator pour CARE International au Liban, rapporte une scène bouleversante observée lors d’une distribution :
« Aujourd’hui, j’ai vu quelque chose qui restera gravé en moi longtemps. Une femme ayant accouché par césarienne il y a seulement quatre jours était allongée sur le trottoir à Ain El Mraiseh avec son nouveau né. Elle devrait se reposer, récupérer et prendre soin de son enfant dans un endroit sûr, mais elle dort sur le pavé. Elle nous a dit qu’elle souffrait encore et ne pouvait pas soigner correctement ses plaies. Voir une mère qui vient d’accoucher tenter de protéger son bébé de quatre jours alors qu’elle vit dans la rue est déchirant. Aucune femme ne devrait affronter de telles conditions à un moment aussi vulnérable de sa vie. »
L’accès humanitaire demeure fortement restreint, en particulier dans les zones du Sud, en raison des opérations militaires en cours. Les ruptures dans les services essentiels, notamment les soins de santé, l’accès à l’eau, l’hygiène et la protection, aggravent encore la vulnérabilité des populations déplacées.
Luxembourg, le 6 mars 2026
Depuis la matinée du 5 mars, les bombardements frappent massivement le sud du pays, déclenchant une escalade rapide de la violence et des déplacements de population d’une ampleur sans précédent.
Le Liban connaît l’un des épisodes de violence les plus dramatiques depuis le début de l’escalade du conflit, le 28 février dernier. Le 6 mars marque la journée la plus meurtrière de ces six derniers jours, avec le plus grand nombre d’attaques enregistrées dans le pays. À ce jour, le bilan s’élève à 123 morts et 638 blessés.
L’armée israélienne a ordonné l’évacuation totale de toute la zone sud du pays ainsi que plusieurs quartiers de la banlieue sud de Beyrouth. Pour Michael Adams, Directeur pays de CARE International au Liban : « la panique se propage à travers le Liban. Après plusieurs jours de fuite des habitants du sud du pays et un ordre d’évacuation massif et inédit pour toute la région sud ce matin, c’est désormais un tiers de Beyrouth, les zones les plus densément peuplées de la ville — environ 700 000 personnes — qui est placé sous ordre d’évacuation totale. Les maisons, les hôpitaux et les abris collectifs sont évacués aussi vite que possible. Les deux principales routes permettant de fuir sont totalement saturées. Les voitures avancent au ralenti. La situation est chaotique. Les gens ont peur, la panique s’installe.
Cela va augmenter de plusieurs centaines de milliers le nombre de personnes déplacées, alors que les conditions d’accueil pour ces familles et ces patients doivent être réorganisées dans tout le pays, notamment dans des régions déjà très pauvres. CARE a commencé à distribuer de l’eau ce matin à Beyrouth et nous nous préparons à une forte augmentation des besoins humanitaires. Nous appelons les parties au conflit à mettre fin à cette escalade dramatique et à protéger les civils. »
Le gouvernement libanais travaille actuellement à la coordination de l’aide afin d’adapter la réponse humanitaire à l’ampleur des besoins. Sur les 469 abris collectifs mis en place à date, 405 sont déjà complets. La situation change d’heure en heure. CARE est prête à contribuer à la réponse d’urgence à Beyrouth ainsi que dans les régions du nord et de l’est.
Pour Cyril Bassil, de CARE International au Liban : « Chaque frappe aérienne n’est pas seulement un nouveau danger : elle ravive aussi les traumatismes des conflits passés, notamment les guerres précédentes et l’explosion de Beyrouth. Même des déclencheurs mineurs, comme une porte qui claque, font sursauter les gens de peur et les replongent dans des souvenirs de violence et de pertes. L’impact psychologique s’aggrave rapidement, en particulier chez les enfants, les personnes âgées et celles déjà vulnérables. [...] Le coût humain, à la fois physique et psychologique, est immense. Avec mes collègues de CARE, nous sommes témoins de cette crise au quotidien. Les attaques ont laissé de profondes cicatrices émotionnelles et physiques et, sans un soutien humanitaire urgent, la souffrance des communautés libanaises ne fera que s’intensifier dans les jours et les semaines à venir. »
Réponse de CARE
CARE et ses six organisations partenaires locales mobilisent actuellement une réponse humanitaire pour venir en aide aux populations déplacées. L’intervention se concentre sur la distribution de nourriture, d’eau, de kits d’hygiène et d’autres articles essentiels aux personnes vivant dans des abris temporaires.
Depuis le début de la réponse le 2 mars, CARE a fourni :
- 1 755 repas chauds,
- 21 000 litres d’eau potable
- 378 serviettes d’hygiène menstruelle
CARE a apporté de l’aide dans 37 abris collectifs, ainsi qu’aux populations déplacées vivant en dehors des abris collectifs, ce qui équivaut à avoir soutenu 2 030 ménages, atteignant 8 935 bénéficiaires uniques.
Appel de CARE
CARE appelle toutes les parties au conflit à respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire, notamment l’obligation de protéger les civils et les travailleurs humanitaires, et de permettre un accès humanitaire complet, sûr, immédiat et sans entrave aux populations affectées.
Pour plus d’information ou demande d’interview : contactez-nous au 26 20 30 61, ou par mail : Thomas Kauffmann, kauffmann@care.lu