1000 jours de guerre au Soudan

Aujourd’hui, le 9 janvier, marque un sombre anniversaire : la guerre au Soudan dure depuis 1000 jours. Ce conflit dévastateur a engendré l’une des crises humanitaires les plus graves au monde.

 

Le contexte

Plus de 30,4 millions de personnes, soit près des deux tiers de la population, ont un besoin urgent d’assistance.

Les communautés sont assiégées et les civils affamés. Les violences basées sur le genre (VBG), y compris les violences sexuelles liées au conflit, sont omniprésentes, alimentant ce qui a été décrit comme une guerre menée contre les femmes et les filles.

Des millions de personnes ont été déplacées et peinent à accéder aux soins de santé, à un abri, à la nourriture, aux kits d’hygiène ou à tout autre bien essentiel pour vivre dans la dignité. L’accès aux services de protection est extrêmement limité.

L’ampleur de la crise est incarnée par Nada, une femme qui a fui sa ville natale d’Al Jazirah il y a plus de deux ans et qui vit toujours déplacée à Port-Soudan :

« Je ne suis qu’une parmi des millions dont la vie a été brisée. J’ai tout perdu. Nous avons besoin de soutien pour reconstruire nos vies, pour pouvoir revivre. Nous ne pouvons pas continuer ainsi. Cela finira par nous tuer – et bientôt. J’ai peur chaque jour. Être sous les tirs ou entendre des explosions ne m’effraie pas autant. Ce qui me terrifie, c’est cette mort lente du quotidien.»

Les femmes et les filles portent le poids le plus lourd de cette crise, confrontées à la faim, à la violence et au déplacement. Pourtant, elles sont aussi en première ligne de la réponse humanitaire, à travers des organisations dirigées par des femmes et des fameuses « Emergency Response Rooms.»

Dans le même temps, les coupes drastiques dans l’aide humanitaire ont gravement affaibli les capacités de réponse. En 2025, les initiatives portées par des femmes — pourtant essentielles pour la prévention et la prise en charge des violences basées sur le genre — ont reçu moins de 2 % des ressources du « Fonds humanitaire pour le Soudan. »

« Malheureusement, les coupes budgétaires nous ont contraints à réduire considérablement nos activités. Nous avons perdu près de 80 % de nos ressources », explique Nadia Eltoum, Directrice exécutive d’Almanar, une organisation partenaire de CARE. « Les communautés se retrouvent frustrées et insuffisamment soutenues, et des enfants souffrant de malnutrition modérée basculent vers des formes sévères faute d’accompagnement.»

 

Le constat de CARE

Abdirahman Ali, Directeur pays de CARE International au Soudan, a souligné la portée symbolique de cette date funeste :

« Mille jours après le début de ce conflit, les familles soudanaises continuent de payer le prix de cette guerre, tandis que le monde observe, paralysé par le retard et l’inaction. Les alertes étaient claires, les données incontestables, et les communautés ont exprimé leurs besoins à maintes reprises. Les femmes et les filles endurent des souffrances inimaginables, mais l’action décisive nécessaire pour les protéger n’est jamais venue. La situation au Soudan exige de toute urgence la protection des civils, un accès humanitaire sûr, et un engagement durable pour mettre fin aux violences. Chaque jour qui passe, davantage de familles sont déracinées et davantage de femmes et de filles subissent des violences brutales. En ce cap des 1 000 jours, notre message est simple : les besoins sont connus, les solutions sont claires. De réels progrès doivent rompre le cycle de l’inaction. De simples déclarations d’inquiétude ne sauvent pas des vies. »

 

L’action de CARE Luxembourg

Pour CARE Luxembourg, le Soudan est un pays dans lequel nous travaillons depuis 2020, c’est-à-dire même avant cette guerre dévastatrice.

Nous y développons, avec le soutien du ministère des Affaires Etrangères luxembourgeois et en partenariat avec nos collègues au Soudan et des acteurs locaux, des projets d’aide humanitaire d’urgence qui répondent aux besoins de la population, décrits ci-dessus. Comme toute la Confédération CARE, nos projets sont centrés sur les besoins des femmes et des filles.

Notre projet actuel est développé dans la région de Khartoum, dans des localités urbaines fortement affectées par le conflit et les déplacements, avec une coordination nationale assurée depuis Port-Soudan. Il est axé sur deux piliers :

Premièrement, des activités visant à améliorer l'accès à l'eau potable, à des installations sanitaires sûres et à des pratiques d'hygiène améliorées. Nous cherchons ainsi à réduire la prévalence des maladies liées à l'eau, à améliorer la santé ainsi que le bien-être général des populations touchées, c’est-à-dire les personnes déplacées, les rapatriés et les communautés hôtes.

Concrètement, nous réhabilitons des systèmes de distribution d’eau, soutenons la gestion des déchets, sensibilisons les communautés aux bonnes pratiques d’hygiène, avec une attention particulière aux femmes et aux filles à qui nous distribuons des articles d’hygiène menstruelle.

Deuxièmement, des activités visant à soutenir les survivantes des violences basées sur le genre en améliorant leur accès aux services essentiels et en répondant à leurs besoins fondamentaux.

Concrètement, nous distribuons aux femmes et adolescentes des kits de dignité spécifiquement conçus pour elles et qui comprennent, outre les articles d’hygiène menstruelle mentionnés, du matériel contribuant à la sécurité et à la dignité ainsi que des informations sur les mécanismes de plainte et de protection. En parallèle, nous menons des activités de sensibilisation visant à réduire les risques de violences, informer les communautés sur les droits des femmes et des filles et améliorer la compréhension des mécanismes de prévention et de signalement. Et pour les survivantes des violences basées sur le genre, nous renforçons leur accès aux services disponibles, notamment via l’information sur les services existants, l’orientation vers des acteurs spécialisé et la mise en place des mécanismes de redevabilité et de plainte sûrs.

 

Les recommandations de CARE

Tous les gouvernements et les acteurs influents, y compris les parties au conflit, doivent agir immédiatement afin de :

  • Intensifier les efforts diplomatiques, notamment par l’intermédiaire du Conseil de sécurité des Nations unies, pour obtenir un cessez-le-feu immédiat, durable et à l’échelle nationale.
  • Respecter le droit international humanitaire, y compris les obligations de protection des civils, des travailleurs humanitaires, ainsi que des infrastructures civiles et humanitaires.
  • Mettre fin immédiatement aux violations commises contre les civils et s’abstenir d’utiliser la violence sexuelle ou la famine comme armes de guerre.
  • Garantir un accès humanitaire rapide, sûr et durable, en particulier vers les zones assiégées, y compris par un accès transfrontalier continu et sécurisé, afin de fournir une aide impartiale à toutes les personnes dans le besoin.
  • Soutenir une réponse régionale, notamment en faveur des réfugiés soudanais dans les pays voisins.
  • Accroître le financement en direction des acteurs les mieux placés, en donnant la priorité aux organisations locales et dirigées par des femmes, afin de prévenir la famine et de fournir une assistance vitale, y compris des services de protection et des réponses aux violences basées sur le genre centrées sur les survivant·e·s.

Le peuple soudanais ne doit pas être abandonné.